Sommeil et médecine générale
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Colopathie et sommeil

"Dix fois dans la journée il te faut rire et être joyeux : autrement tu seras dérangé la nuit par ton estomac, ce père de l’affliction."
Friedrich Nietzsche (1844 - 1900) ; "Ainsi parlait Zarathoustra".


La colopathie ( mieux connus sous le terme de « colopathie fonctionnelle » ou « syndrome du côlon irritable ») est le plus fréquent des troubles fonctionnels neurodystoniques.
Ils représentent la première cause de consultation du gastroentérologue.
Ces troubles fonctionnels intestinaux (TFI), sont attribués à un trouble de la sensibilité et de la motricité du côlon et touchent 15 à 20% de la population en France.
De la "crise de foie" à l’indigestion, en passant par la poussée hémorroïdaire, la constipation ou la diarrhée, la symptomatologie fonctionnelle digestive qui survient dans les contextes de surmenage, de "stress" ou d’événements de vie est très riche.
("ras le bol ; ça me gonfle ; ça fait ch... ; j’en ai plein le ...")
Ces symptômes sont largement repris par le langage courant (souvent ordurier ...) pour exprimer un sentiment de grande "FATIGUE" (en majuscules).


Le tube digestif arrive en tête de la liste des systèmes automatiques perturbés par un sommeil inefficace. Selon nous, les troubles fonctionnels intestinaux sont symptomatiques du syndrome d’hyposommeil (Cf.).

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Gonflé.... "comme une femme enceinte"


Le fonctionnement automatique (silencieux) de l’intestin met en jeu un système mécanique et enzymatique extrêmement complexe. Ces muscles et ces glandes sont commandés par un circuit de neurones in situs si important que les Anglo-Saxons ont baptisé l’intestin : "little brain" le petit cerveau.

Ce système automatique est très influencé par l’équilibre veille-sommeil et (donc) le niveau de "tension nerveuse" du sujet :

- en privation aiguë, une seule "nuit blanche" chez un bon dormeur (comme à l’occasion d’une garde dans un service d’urgences) suffit à perturber le transit intestinal pendant deux ou trois jours.
- en situation de privation chronique de sommeil ou en cas de syndrome d’hyposommeil (parfois masqué par une augmentation de la durée du sommeil), les troubles du transit et les douleurs intestinales sont parmi les premiers symptômes à se manifester.
- Les décalages chronobiologiques (comme le jetlag ou le travail de nuit) produisent exactement les mêmes symptômes.la plupart des voyageurs trans-méridiens (plus de 3000 km ; soit 3 h de décalage) souffre de troubles digestifs. On impute bien souvent à tort ce trouble au changement alimentaire, quand ce n’est pas l’eau ou une hypothétique "tourista"...


L’inconscient collectif a bien compris le phénomène et a pris l’habitude d’exprimer (a travers des gallicismes comme "raz le bol") les états de fatigue par des termes désignant les troubles fonctionnels intestinaux (entre autres) qui ont valeur de "signaux d’alarme".

Selon notre expérience, l’immense majorité des sujets qui se disent "de nature constipée" sont des mauvais dormeurs mais qui, bien souvent, s’ignorent comme tels.
br>De même, l’immense majorité des patients atteints de fibromyalgie, spasmophilie (ou tétanie) ou fatigue chronique présente des antécédents importants de constipation, coliques, gastrites ou hémorroïdes.
Tous ces symptômes présentent les quatre caractéristiques communes aux troubles fonctionnels : ils sont inquiétants, handicapants et capricieux mais évoluent favorablement (avec le temps et sauf complication médico-chirurgicale).

Un sujet "bien réglé" obéira à un réflexe de défécation peu de temps après son lever matinal (réflexe favorisé par le remplissage gastrique lors du petit déjeuner). Une privation de sommeil perturbe la régularité de ce rythme car le sujet se déshydrate (par l’effondrement d’une hormone antidiurétique fabriquée normalement au cours du sommeil paradoxal). Les selles seront plus sèches le premier jour, ce qui risque de provoquer une petite fausse diarrhée le deuxième et à nouveau de la constipation le troisième.

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Le Jet lag post-anesthésique
une cause de fatigue persistante


Un sujet qui se dit de "nature constipée" ou qui a "l’intestin fragile" est le plus souvent un mauvais dormeur qui risque de subir beaucoup d’explorations médicales à visée diagnostique sans grand résultat car le syndrome d’hyposommeil ne se dépiste pas à partir des analyses ou des fibroscopies.

NB On vient de mettre en évidence qu’une anesthésie générale de brève durée (comme celle que l’on pratique pour coloscopie) peut induire une fatigue analogue à un jetlag prolongé. (C’est le serpent qui se mord la queue...).

"Bien que les produits utilisés soient aujourd’hui éliminés très rapidement, de nombreux patients se plaignent de troubles du sommeil et d’une grande fatigue pouvant persister jusqu’à cinq jours ..."

Communiqué de presse du Cnrs , 8 juin 2006, Dr Laure Pain.

"Vrai Faux malade" ?

En l’absence d’anomalie décelable, le malade sera considéré comme atteint de "colopathie fonctionnelle". C’est un diagnostic d’élimination qui se veut rassurant pour le malade mais qui ne débouche sur aucun traitement satisfaisant.
C’est un "Vrai Faux malade" (Cf.)., il n’aura pas d’autre choix que de continuer à consulter (ce qui est très coûteux pour le système de protection sociale).

"Pseudo vrai malade" ?

Malheureusement, chez ce type de patients, il arrive que l’on choisisse d’évoquer une explication "ad hoc" qui vise à donner un sens aux symptômes :
L’intestin serait trop long et paresseux ; l’estomac est déformé (hernie hiatale ...) il y a quelques polypes ou diverticules, le pancréas ou le foie est "fatigué" ...
On recherche ainsi à potentialiser l’effet placebo du traitement (sans cesse renouvelé) ou du régime (sans gluten, macrobiotique, naturopathique ...) très astreignant, mais selon nous, ce "Pseudo vrai malade" (Cf.) reste malade. Il présentera, tôt ou tard, d’autres symptômes du syndrome d’hyposommeil et reste d’objet de complications iatrogènes potentielles (complication médicale induite par des soins).

Conclusion ? un seul bilan...
Toute symptomatologie digestive récente nécessite un avis spécialisé et une exploration complémentaire (imagerie et fibroscopie) dans le but d’éliminer une pathologie organique traduisant une lésion (ulcère, infection, tumeur).
La normalité de ce bilan devrait conduire à une approche somnologique visant à restaurer les conditions d’un sommeil court et efficace.
De nombreux malades souffrent de troubles fonctionnels intestinaux mais ne sont pas orienté vers un trouble du sommeil, dès lors qu’ils pensent plutôt beaucoup dormir (Nb Tout du moins dans un premier temps, parce que ce schéma conduit systématiquement à l’’insomnie).
En cas d’aggravation de la fatigue (à l’occasion d’un événement somnotoxique) le tableau intestinal peut se compliquer de douleurs multifocales et évoluer ainsi jusqu’à un tableau de type fibromyalgique.
La majorité des patients déclarés fibromyalgiques présentent durant des années de tels antécédent mais ce n’est qu’à ce stade qu’ils se considèrent comme mauvais dormeurs.

Nous pensons qu’une prise de conscience plus précoce des interactions entre le sommeil et la digestion permettrait d’éviter de perdre du temps à faire des exploration intestinales inutilement répétées.

L’insomniaque et son cousin germain, le constipé, sont les damnés de la terre. (Frédéric DARD / Les pensées de San-Antonio / Le cherche midi éditeur 1996).


Voir les articles connexes sur le site :


"Pelvis (bas ventre) et sommeil.
"Signaux d’alarme de la fatigue".
"Fibromyalgie".
"Fatigue chronique".
"Jetlag, sommeil du voyageur".
"Travail de nuit et posté".

"Le train du syndrome d’hyposommeil.

P.-S. 
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Quelques liens externes pour en savoir plus...




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 11 juin 2011.