Sommeil et médecine générale
Recherche dans le site

Accueil > Médecine générale > Stress ou événements de vie et sommeil

Stress ou événements de vie et sommeil

« C’est Claude (Claude Bernard) qui avait raison, le germe n’est rien, le terrain est tout ! »
(Louis Pasteur, à son ami le Professeur Renon qui le veillait peu de temps avant sa mort, 1895)

Stress, du latin stringere (tendu, raide), et de l’anglais distress (détresse).
Tous les événements de vie possèdent un effet "somnotoxique" propre mais leur impact sur l’efficacité du sommeil ne se mesure pas à leur intensité objective. C’est le problème de la goutte d’eau qui peut suffire à faire couler la barque.
Il faut tenir compte du terrain génétique et du contexte préalable à la survenue de l’évènement stressant pour prendre la juste mesure de l’importance d’un stress.


JPEG - 16.8 ko
D’après Hebb PO, in "A Textbook of Psychology", Philadelphie, Baunders, 1966.


Quand le niveau de stress est trop bas, ou au contraire trop élevé, le niveau de performance devient médiocre (endormissement ou désorganisation complète des comportements).
Le seuil de 50% (la fatigue) peut résulter d’un manque de motivation (il faut se stimuler) ou d’un surmenage (il faut se reposer).
En cas de surmenage, la volonté et la résistance deviennent contre-performantes.

Le stress ...

"Le stress", est une activation de l’ensemble de l’organisme face à une situation nouvelle ou menaçante.
Cette réaction protectrice s’est mise en place durant l’évolution pour que nous puissions (justement) nous adapter et survivre à ces changements ou à ces menaces.

Le stress, loin d’être néfaste en soi, peut donc être très utile et on peut être sûr qu’il a permis à nos ancêtres d’échapper à bien des dangers.
De nos jours, les stimuli stressants sont rarement l’attaque d’une bête sauvage... Mais un stress analogue est présent chaque fois que nous mobilisons notre attention dans le but d’améliorer notre capacité de réaction.
La culture humaine se raffine, mais les réactions émotives de base restent les mêmes."
(Le Cerveau Mc Gill Canada :)

Stress ou événement de vie ?

La notion d’événement de vie est plus large que celle de stress [1] puisque que le terrain compte autant que l’intensité de l’agression dans l’apparition de la sensation de fatigue et de troubles fonctionnels.
Selon notre hypothèse, ces malaises physiques sont la résultante d’un trouble chronobiologique qui perturbe l’efficacité du sommeil dans un tableau que nous appelons le « syndrome d’hyposommeil »..

Les événements de vie sont des situations sur lesquelles l’individu n’a pas de prise et qu’il doit subir en faisant appel à ses capacités personnelles de résistance.

Si les capacités de résistance sont grandes, le sommeil n’est pas (ou peu) affecté malgré l’intensité des contraintes.

Si l’individu est fragile ou déjà épuisé, des événements de vie de moindre importance peuvent occasionner l’apparition de troubles fonctionnels (décompensation des mécanismes adaptatifs)

JPEG - 8.6 ko
Approche multifactorielle du stress


On peut schématiquement tenter de ranger les événement de vie dans quatre catégories :

Liste non exhaustive des éléments de la "boîte à soucis", ou des antécédents traumatisants souvent mis en avant pour interpréter les troubles fonctionnels ou l’insomnie.

  • Situations de perte :
    • disparition d’un proche, divorce ;
    • deuil, fausse couche,avortement ;
    • agression physique (sexuelle) ;
    • handicap (amputation, hystérectomie, mammectomie...),
    • choc émotionnel (prise d’otage, accident, cambriolage ...) ;
    • chagrin d’amour ;
    • perte d’emploi, de domicile, de papiers (carte bleue), revers de fortune ;


  • Situations d’épuisement :
    • harcèlement, insécurité,conflit armé ;
    • surmenage professionnel (Burn out [2], Karoushi [3]) ;
    • responsabilités irréalistes ;
    • grossesse, accouchement, allaitement, enfants ... ;
    • modifications hormonales liées aux règles.


  • Situations d’attente :
    • litige, procédure judiciaire en suspens ;
    • maladie incertaine (cancer, Hiv, sclérose en plaque...) ;
    • emprisonnement, captivité ;
    • résultats d’examens, concours, promotion ;
    • chantiers en retard (habitation) ;
    • projet important en cours (création d’entreprise).


  • Bouleversement d’habitus :
    • modification du cadre de vie (déménagement, voyage, jet lag, climat, saison) ;
    • rythme de repos (travail de nuit ou posté aux « trois-huit », sieste...) ;
    • privation volontaire de sommeil (TV) ;
    • sevrage d’addiction (tabac, alcool, drogues...) ;
    • hygiène de vie (arrêt du sport... temps de transport...) ;
    • grande réception familiale (repas de famille...) ;
    • maladie récente ;
    • régime amaigrissant ...


"Somnotoxicité" :

  • La "somnotoxicité" est la capacité à influencer péjorativement l’équilibre (et donc, l’efficacité) du sommeil.
    La puissance "somnotoxique" d’un événement de vie n’est pas strictement corrélée à l’intensité du "stress".
    Certains événements de vie représentent de tels traumatismes qu’il serait illusoire de ne pas en souffrir durant le temps nécessaire à la cicatrisation (et le temps aidant, le sujet retrouve son énergie).
    D’autres peuvent paraître anodins mais sont parfois responsables d’une décompensation brutale des systèmes de régulations du sommeil selon le principe de la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

    la goutte d'eau ou le tsunami ?

  • Il est tentant d’ouvrir la "boîte à soucis" pour "expliquer" tel ou tel symptôme mais, en pratique, cette approche nous semble contre productive puisqu’on ne peut pas toujours agir sur les problèmes.


    L’approche somnologique (voire "somnicologique") de leur rôle dans un déséquilibre chronobiologique peut, par contre, présenter un certain nombre de pistes thérapeutiques destinées, en améliorant l’efficacité du sommeil, à prendre en charge les troubles fonctionnels.

    Nb Parmi les évènements somnotoxiques, il ne faut pas oublier de mettre en avant le rôle éventuel dune anesthésie générale : Une étude récente semble conclure à un véritable effet "jetlag" des anesthésies (même de courtes durées). [4]).

    En mettant l’accent sur l’importance des troubles chronobiologiques dans l’apparition de symptômes fonctionnels en rapport avec la fatigue, on peut éviter de rajouter un problème de santé (Pseudo faux malades ou Pseudo vrai malades) à des événements de vie déjà difficile et traumatisants.


Voir aussi dans le site :

- "Burnout et Karoushi", le surmenage professionnel ;
- "Techniques de relaxation" ;
- "Yoga-Nidrâ,".

œ

P.-S. 
JPEG - 1.6 ko
Quelques liens externes pour en savoir plus...

Notes

[1Se reporter à la thèse du Dr ALTMANN (en lien dans les docs) pour connaître l’historique et les définitions de ce concept qui remonte au 19° siècle).

[2Le terme de "burn out" fait référence à un "incendie intérieur" (qui détruirait tout sans affecter l’apparence jusqu’à l’effondrement brutal). C’est selon les spécialistes Américains du stress, un tableau qui associe fatigue, baisse de performances, perte de confiance, irritabilité et démotivation, tableau qui contraste avec une certaine hyperactivité qui vient masquer les symptômes de décompensation.
En psychiatrie, c’est une sorte de tableau "pré-dépressif " masqué
En "somnicologie", selon nous, ce tableau serait à rapprocher du syndrome de fatigue chronique.

[3Le terme "Karoushi" est utilisé par les médecins Japonais pour désigner "la mort par le travail". Le décès (par accident cardio-vasculaire précoce ou par suicide) survient dans un contexte de surmenage professionnel caractéristique et donne lieu à une reconnaissance comme maladie professionnelle.
retour au texte

[4On vient de mettre en évidence qu’une anesthésie générale de brève durée induit un jetlag prolongé.

"Bien que les produits utilisés soient aujourd’hui éliminés très rapidement, de nombreux patients se plaignent de troubles du sommeil et d’une grande fatigue pouvant persister jusqu’à cinq jours ..."

" Communiqué de presse du Cnrs , 8 juin 2006, Dr Laure Pain.
En pratique, cet effet (souvent majoré par l’utilisation de benzodiazépine), peut conduire à la décompensation d’une insomnie sous-jacente.




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 2 novembre 2009.