Sommeil et médecine générale
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Angine ou mal de gorge ?

"Pitié, Seigneur ! je suis en détresse : le chagrin me ronge les yeux, la gorge et le ventre" La Bible, psaume 31,10


L’expression populaire : "avoir les boules" pourrait avoir son origine dans le fait que certaines circonstances de vie "stressantes" sont parfois associées à un mal de gorge.


Qu’est-ce qu’une angine ?


Le mal de gorge est un motif de consultation fréquent que le sens populaire associe au diagnostic « d’angine ».

En médecine, la gorge est facile à examiner. Une angine est une inflammation visible à l’œil nu, strictement limitée aux amygdales. Dans les formes typiques, cette inflammation douloureuse est une réaction de défense à une infection virale ou bactérienne et se traduit aussi par un gonflement douloureux de quelques ganglions (adénopathie) de la région cervicale et par de la fièvre.
Certaines complications graves (notamment cardiaques et articulaires) peuvent se produire au cours des suites d’une angine bactérienne mal soignée. Ces complications ont totalement disparu depuis l’avènement des premiers antibiotiques comme la pénicilline et ont justifié leur très large utilisation dans cette indication.

Il y a quelques années, il était courant de prescrire systématiquement un antibiotique de « sécurité ». L’apparition de résistance bactérienne a remis cette attitude en question (« un antibiotique c’est pas automatique ») et on dispose depuis peu de tests de diagnostic rapides (TDR) qui permettent de mieux cibler les prescriptions ( [1]).

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Tonsillitis (En)/Angine blanche (Fr)

En somme, une angine "véritable" est donc en général une maladie facile à diagnostiquer et facile à soigner.

Qu’est-ce qu’un mal de gorge ?

Le carrefour oro-pharyngé est très richement innervé. C’est en quelque sorte la porte d’entrée de l’organisme et tout se passe comme si des systèmes d’alarme y faisaient le guet.
Dans certaines circonstances (de fatigue), ces alarmes sont capables de se déclencher en provoquant une sensation de danger : une « gêne », une « impression de gonflement » ou de « serrement », qui motive une consultation, souvent dans un "contexte d’urgence ressentie" très caractéristique. [2]
Pourtant à l’examen, la gorge apparaît dans ce cas strictement normale, : il n’y a ni fièvre ni adénopathies !
Que dire alors au malade ?

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Un intérêt de santé publique ?


Faux malade ou vrai malade ?

Le médecin est face à une alternative devant un problème de mal de gorge intense alors que les amygdales sont saines (avec, si nécessaire, un TDR négatif ) :
- soit il confirme le « diagnostic de son patient » et prescrit un traitement « symptomatique » (souvent hors remboursement en l’absence de "service médical rendu suffisant"). C’est le « Pseudo vrai malade ». Le temps faisant office de médicament, le symptôme disparaît jusqu’à la prochaine alarme et le patient s’habitue à penser qu’il est « fragile de la gorge ».
Voir le "Pseudo vrai malade".

- soit il l’infirme ("vous n’avez rien du tout").
Si nécessaire, un « petit » anxiolytique se montrera d’ailleurs très efficace (en réduisant l’intensité du signal d’alarme).
En cas de persistance des troubles il envisagera de passer la main à un psychiatre. C’est le « Pseudo faux malade » celui qui souffre sans savoir pourquoi, et qui changera de médecin ou de médecine lorsque la relation de confiance se rompra et qu’il aura l’impression de ne pas être « écouté ».
Voir le "Pseudo faux malade".

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Achille Talon par Greg

Un symptôme de fatigue ?

Les consultations pour mal de gorge intense et angoissant sont des urgences nocturnes très fréquentes.
On parle de "dysphagie fonctionnelle" lorsque l’examen est normal. (Cf. les documents en haut de page).
Exemple : Un jeune homme se présente à trois heures du matin aux urgences du CHU avec sur le visage, la grimace de la douleur de gorge qui l’empêche de dormir.
Comment expliquer au patient qu’à l’examen sa gorge est parfaitement saine ?

En pratique, ce véritable « dialogue de sourds » ne peut évoluer favorablement qu’à la lumière d’un interrogatoire "somnologique".
L’interrogatoire bien mené permet de mettre au jour les véritables éléments responsables de la fatigue et les signes accompagnateurs d’un syndrome d’hyposommeil.

- La fatigue résulte de troubles des horloges biologiques.
Il s’avère que le sujet traverse des événements de vie très difficiles, qu’il est épuisé (selon son entourage) et que (si l’on en parle) son sommeil s’est sensiblement modifié. Il se réveille fatigué et, depuis au moins quelques semaines, essaie de se « reposer », se couche tôt ou fait des siestes inhabituelles.

- Les signes affectent l’ensemble du système nerveux automatique.
On s’aperçoit que le sujet présente par ailleurs de nombreux autres signes d’hyposommeil (mal de tête, de dos, de ventre, vertiges ou palpitations etc...). Souvent, ce sont des troubles qu’il connaît et qui ne motivent plus de consultations.
Les symptômes d’hyposommeil sont rarement isolés mais c’est celui qui inquiète le plus le sujet qui le pousse à consulter.
Voir Le "Syndrome d’hyposommeil".

Organique ? psychosomatique ? ou "somnosomatique" ?

L’attitude médicale qui exclurait la possibilité d’une douleur réelle qui ne serait ni lésionnelle ni « psychosomatique » n’est d’aucun secours pour ce type de malade. Chez lui, cela revient à nier la réalité de la douleur (pourtant bien réelle).

Au final, le cercle vicieux résistance/fatigue peut aboutir à une forme invalidante du syndrome d’hyposommeil : la spasmophilie (ou tétanie), la fibromyalgie, et le syndrome de fatigue chronique.
Beaucoup de ces malades présentent des antécédents « d’angines » difficiles à soigner ou récidivantes. On rencontre d’ailleurs des cas où le patient continue de souffrir après l’ablation des amygdales, ce qui est parfaitement illogique et impossible (on ne peut pas infecter un organe absent !).

L’éclairage somnologique permet de proposer à ces malades une hypothèse physiologique acceptable et une piste thérapeutique curative et préventive.

Voir les articles connexes :
La "Spasmophilie" ;
La Fibromyalgie ;
La fatigue chronique ;
Les pathologies fonctionnelles (colopathie, vertiges, migraines ...).

P.-S. 
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Quelques liens externes pour en savoir plus...

Notes

[1mais la France continue à être l’un des pays d’Europe qui consomme le plus d’antibiotiques et où, de ce fait, on constate le plus de résistances bactériennes acquises

[2En pratique, les vraies angines ne sont jamais des urgences. Le patient consulte dans la journée et sera satisfait de son médecin après 24 h de traitement antibiotique et/ou anti-inflammatoire.
En cas de rechutes trop fréquentes, il est parfois indiqué de procéder à l’ablation chirurgicale des amygdales (ce qui, là encore, donne d’excellents résultats).
Attention toutefois de ne pas négliger une allergie respiratoire sous-jacente responsable des surinfections des amygdales et qui persisterait après l’opération.

Il existe, à cause de cela, une rumeur infondée selon laquelle l’amygdalectomie pourrait, par la suite, déclencher l’apparition de l’asthme ...




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 15 décembre 2010.