Sommeil et médecine générale
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Faux Vrai-malade

"Pour guérir quelque chose qui ne marche pas ou qui fait trop de bruit,
il faut et il suffit de taper dessus avec quelque chose qui marche mieux ou qui fait plus de bruit".

(Logique Shadoks, 1968 ; Jacques Rouxel et René Borg)


Le "Faux Vrai-malade" est un malade qui se soigne... pour une maladie qui ne correspond pas vraiment à ses symptômes (et donc, qui reste malade).

Les troubles sont réels et suffisamment inquiétants pour motiver une série de consultations, dans le but (bien légitime) de leur trouver un nom et un remède.
Mais, en l’absence de considérations chronobiologiques, la mise en échec de ces recherches introduit un biais qui fait évoquer un faux diagnostic (ou bien, met en cause une autre maladie découverte à cette occasion).
Le traitement qu’on lui propose n’est, bien sûr, pas vraiment satisfaisant et le malade se trouve dans une double situation désespérante :
- soit, il a confiance et accepte de souffrir tout en prenant scrupuleusement ses remèdes ;
- soit, il doute et va consulter ailleurs (où on risque bien de lui trouver encore autre chose).
Le "faux Vrai-malade" consulte ainsi, beaucoup de médecins différents et consomme beaucoup (trop) de médicaments... Certaines publications qualifient ce comportement de "Zapping médical".



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La force de la relation médecin-malade

Définition du Faux Vrai-malade

À l’inverse du patient qui consulte pour une maladie invisible et que l’on considère donc comme un « faux » malade (Cf "Le Vrai Faux-malade), ici, le bilan semble permettre d’identifier la cause des symptômes et donc, de poser un diagnostic.
Le patient est donc déclaré "vrai malade".
Mais l’est-il vraiment ?

Le Faux Vrai-malade est celui que l’on déclare atteint d’une maladie à tort.
Ce "sur-diagnostic" est le résultat d’un biais introduit au cours de l’enquête par le désir (mutuel) de donner un sens à des symptômes si inquiétants (handicapants, résistants et capricieux) qu’ils motivent des consultations répétées.

"... La découverte d’une anomalie radiologique ou biologique mineure, la discordance des avis médicaux reçus, la crainte d’être considéré comme un malade imaginaire et la revendication d’un statut de malade parachèvent, dans le pire des cas, cette « construction » dans laquelle les médecins, et en tout cas l’idéologie médicale qui promeut dans la société la croyance que tout symptôme doit avoir une cause et que toute souffrance relève de la médecine) sont rarement innocents".
Pr. A. El Maghraoui (Septembre 2003, Centre de Rhumatologie et Rééducation Fonctionnelle, Hôpital Militaire Mohammed V, Rabat).

Le Faux Vrai-malade est parfois suffisamment conditionné pour adhérer à cette interprétation et en accepter les conséquences (dans l’espoir d’aller mieux ou, à défaut, d’en contrôler l’évolution). Ce sera un « bon malade » qui respectera son ordonnance à la lettre.
Dans le cas contraire, il présentera tous les effets adverses du traitement et se tournera vers un autre médecin ou une autre médecine.

Il existe plusieurs type de "Fausses Vraies-maladies".

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Souffrir pour guérir ...

Mais, quelle que soit la cause mise en avant pour donner un sens à un trouble fonctionnel, le diagnostic ne débouche jamais sur des traitements très efficaces.
Le succès de la relation médecin malade dépendra de l’existence, ou non, d’une nouvelle réponse face à l’incompréhension du médecin précédent.
On peut comprendre ici l’attitude parfois déraisonnable des patient et des pouvoirs publics vis à vis des médecines alternatives.

Dans tous les cas, le patient va devoir « accepter » de souffrir... car, (en l’absence de prise en charge de sa fatigue et de son sommeil), aucune de ces situations ne peut lui apporter plus que la reconnaissance de son statuts de malade.
D’ailleurs, il change si souvent de médecin ("il ne m’écoute plus") qu’on a utilisé les termes de "nomadisme" ou de "zapping" médical.
Le malade donne alors l’impression d’être prêt à tous les sacrifices et devient la victime potentielle d’une maladresse médicale (par excès de zèle) et/ou d’une éventuelle nouvelle croyance irrationnelle ou illusoire (qui retardera d’autant la bonne prise en charge).

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Le "meilleur" système de santé du monde...

La liste des symptômes qui font l’objet de ce type de quiproquo n’est pas limitée !

Presque tous les symptômes peuvent se rencontrer. Ils partagent en commun les quatre caractéristiques des troubles fonctionnels (Cf.) : ils sont invalidants, inquiétants, et capricieux (résistants), mais ils guérissent sans séquelles.
Nous évoquerons ici les plus fréquents mais d’aucuns ont pu en dénombrer jusqu’à 100 (à propos de la fibromyalgie).


Tous ces diagnostic peuvent conduire à des prescriptions parfois excessives ou inadaptées, favorisées dans ce sens par un système de soins rétribué à l’acte qui ne laisse guère le temps de la réflexion. [2]

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"La foi qui guérit" ( The healing faith )

Charcot et Freud ne reconnaissaient pas le rôle du sommeil. Pour Jean Martin Charcot (qui fut le maître de Freud), les guérisons miraculeuses (à Lourdes) "n’ont pas d’autres signification que celles d’une guérison opérée en dehors des moyens dont la médecine semble disposer d’ordinaire" .
Il pense que : "ces guérisons, que l’on appelle communément miracles, ont un double caractère :
- une disposition spéciale du malade (confiance, crédibilité, suggestibilité) dont la mise en mouvement est d’ordre variable,
- et des maladies dont la guérison n’exige aucune autre intervention que cette puissance que possède l’esprit sur le corps
".
Il rajoute :"je crois aussi que les lésions de ce groupe (ulcères, tumeurs) sont, malgré leur apparence contraire, de la même nature que les paralysies ou les convulsions" (cad d’origine "psychogène")
"La foi qui guérit" (faith healing) 1897, La Revue hebdomadaire).
Voir l’article "La foi qui guérit).

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P.-S. 
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Pour en savoir plus ...

Notes

[1] A titre d’exemple (trois cas rencontrés récemment) :
- une personne de 56 ans qui souffre depuis des années d’une fibromyalgie (probable) et que l’on soigne depuis 8 ans pour une maladie rhumatismale auto-immune (la polyarthrite rhumatoïde) malgré l’absence du moindre argument biologique ou clinique.
- un jeune homme de 22 ans (en parfait état général) qui souffre depuis des années d’un syndrome de fatigue chronique et qui multiplie les analyses et les traitements à chaque nouvel avis médical.
- une jeune fille insomniaque (en parfait état général) qui multiplie les avis pour des crises d’étouffement (du type de la "spasmophilie") et chez qui on finit par évoquer le diagnostic d’une mucoviscidose (qui serait passée inaperçue jusqu’alors...).

[2] "Pour les médecins généralistes, à l’origine de 80 % des prescriptions de psychotropes, délivrer un somnifère ou un antidépresseur pour répondre à un "mal être" du patient permet de "gagner du temps par rapport à une approche basée sur le conseil ou la psychothérapie de soutien". Or, en médecine de ville, "une part importante des prescriptions vise à réduire, hors d’un cadre diagnostique précis, la "souffrance psychique" liée à des événements de vie, ou à des difficultés et conflits professionnels ou familiaux". Sources Le Monde du 10 juin 2006.


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