Définition du Syndrome de Fatigue Chronique
Le Syndrome de Fatigue Chronique (SFC) est un tableau clinique associant depuis au moins six mois :
- une sensation de fatigue intense, d’allure infectieuse (avec parfois une impression de fébricule ou de gonflement des ganglions), entraînant une réduction significative (au moins 50%) de l’activité ;
- des troubles de la mémoire, de la concentration et du caractère pouvant laisser croire à un tableau de dépression ou de troubles anxieux ;
- des troubles fonctionnels (Cf.) intéressant plusieurs appareils (locomoteur, digestif, cardio-respiratoire, etc...) pouvant laisser croire à des symptômes de « somatisation » (hypocondrie, hystérie...) et très proche des attaques de panique rattachées aux troubles anxieux (Cf. "Phobies sociales et Agoraphobie").

Se lever plus fatigué que la veille
- des troubles du sommeil , constants mais souvent négligés (au début) par le malade et son médecin parce qu’ils se présentent de façon insidieuse :
- - d’abord comme un tableau de somnolence excessive : "en ce moment je dors beaucoup" ;
- - Ensuite de clinophilie :"si, docteur, je dors, quand même, mais le soir à 19 heures, j’ai besoin de me reposer parce que je suis épuisé !" ;
- enfin d’une insomnie d’apparition tardive, lorsque le malade s’enfonce dans le cercle vicieux du "vouloir dormir à tout prix".

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" fatigué, épuisé, abattu, fourbu, fracassé, claqué, cassé, scié, miné, pété, éclaté, décalqué, naze, essoré, vidé, pompé, à sec, hors service, HS, anéanti, abattu, fini, mort, raide, cuit comme un légume fait, refait, surfait, comme une loque, un zombi, une éponge, une serpillière....à deux d’tension !..."
Cf. l’article "Système d’alarme"".
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Diagnostic
Le diagnostic repose sur l’absence de pathologie sous-jacente pouvant expliquer le tableau. Un bilan complet (clinique, biologique, radiologique et psychologique) doit être pratiqué au moins une fois. Il permet d’éliminer les maladies infectieuses (HIV, hépatite ) ou auto-immunes (sclérose en plaque, polyarthrite, lupus...), les maladies métaboliques (diabète, dysthyroïdie) ou les troubles psychiatriques (dépression, conduites addictives, dépersonnalisation, conversion...).
Parfois, le début de la maladie coïncide avec un épisode infectieux au point que les premières descriptions évoquaient la responsabilité d’une infection virale (Epstein Barr, mononucléose, grippe des « Yuppies » ...)
Mais aucune de ces hypothèses n’explique la persistance de la maladie au-delà de 6 mois en l’absence de toute perturbation clinique ou biologique franchement significative.
Devant l’absence de signe objectif, on évoque un stress intense, une situation de surmenage excessif et, souvent, une dépression.
Dans certaines cultures traditionnelles, devant l’échec de la médecine traditionnelle, on invoque les "diables" ou la sorcellerie (aux Antilles par exemple, on appelle « Blesse » un tableau analogue provoqué par le « déplacement du foie, de l’utérus... ») d’origine magique ou post-traumatique et se traduisant par de nombreux troubles fonctionnels (faiblesse, "gaz", douleur ...) qui restent médicalement inexpliqués. [1]
Remarque : l’analogie clinique du SFC avec le Syndrome de la guerre du Golfe (qui ressemble lui-même au Syndrome des Balkans), est troublante (Cf. les docs en bas de page).
On peut probablement en rapprocher également le « Karoushi » (manifestations du surmenage au Japon) ou le « burn-out syndrom » des anglo-saxons. (Cf. "Burnout et Karoushi".
Les origines (voire la réalité) de la maladie restent encore très controversées mais les congrès récents de rhumatologie multiplient les publications sur des perturbations objectives de certains neuromédiateurs du sommeil et des voies de la douleur.
Selon notre hypothèse, le SFC est une des formes cliniques du « syndrome d’hyposommeil » et présente des liens étroits avec la « spasmophilie » (ou tétanie) ou la fibromyalgie.

« Platon veut plus de mal à l’excès du dormir qu’à l’excès du boire »
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Description clinique
- Signes généraux d’allure infectieuse.
La plainte s’organise parfois autour de sensations de « fièvre » (qui ne dépasse jamais 38/38,2°), de chutes de tension accompagnant la fatigue. Des maux de gorge ou de ganglions sont fréquents mais peu spécifiques, ainsi que des céphalées polymorphes faisant souvent évoquer une « sinusite chronique ».
Nb. Ce trouble mineur de la thermorégulation est parfois responsable de frissons et de suées (parfois importantes) surtout le soir et la nuit.
L’appétit est perturbé, anorexie ou boulimie (avec des croyances autour de la nourriture entraînant des régimes parfois trop rigides).
- Les troubles psychiques prédominent sur les problèmes de mémoire et de concentration. Le sujet cherche ses mots, oublie « tout », éprouve des difficultés à lire ou à travailler.
Il évoque volontiers son âge et la dégénérescence neuronale (crainte de la maladie d’Alzheimer).
Même s’il est jeune, le sujet dit se sentir "comme un vieux".
- Les troubles fonctionnels intéressent l’ensemble de l’organisme. Leur énumération ne saurait être exclusive car tous les circuits d’alarme sont concernés. Leur symptomatologie est toujours polymorphe, de siège et d’intensité variables, et elle est associée à une composante invalidante (« je n’en peux plus ») et angoissante (« j’ai peur que ce soit grave cette fois »).
- Les troubles du sommeil n’apparaissent qu’à la lumière d’un interrogatoire pertinent. Ne pas demander au patient s’il dort bien (lors d’une famine, les gens sont affamés mais l’appétit est conservé !) mais plutôt, comment se sent-il au réveil ?

Prise en charge thérapeutique
La gestion de la fatigue repose parfois sur les Thérapies Cognitives et Comportementales, mais la prévention des crises passe par une parfaite connaissance des règles d’hygiène du sommeil.
En réalité les études récentes tendent à rapprocher le Syndrome de Fatigue Chronique et la Fibromyalgie et de nombreux auteurs pensent qu’il pourrait s’agir de deux variables cliniques d’un même tableau.
D’autres s’attachent à distinguer des sous-groupes selon le type de symptôme. (Cf Conférence de consensus)
Mais nous pensons que la perturbation initiale du sommeil est le dénominateur commun des différentes formes d’expressions de la fatigue.

Un déficit de l’efficacité du sommeil
Les principales nuances entre les « deux maladies » proviendraient surtout de la spécialité du médecin consulté :
- Le rhumatologue, le spécialiste de la douleur ou le somnologue évoqueront la fibromyalgie ;
- Le neurologue connaît mieux le Syndrome de fatigue chronique ;
- Le psychiatre évoquera une neurasthénie ou des troubles anxiodépressifs ;
- De la même façon, pour les médecins urgentistes, la « spasmophilie » (ou tétanie) (qui est le motif d’appel le plus fréquent aux urgences) est généralement considérée comme un problème de nature "psy".
Un malentendu récurrent...
En pratique, les patients reprochent souvent aux médecins cette attitude peu gratifiante pour eux : on leur délivre un sédatif ("un quart de lexo") et des paroles rassurantes ...
Parfois, par désir mutuel de trouver une solution, on en arrive à invoquer une quelconque explication ad hoc. Cela permet permet au moins, la prescription d’un remède, mais on ne peut en attendre, au mieux, qu’un effet placebo (donc provisoire). Le magnésium a longtemps remplis cette fonction. Il existait, il y a quelques années, une large gamme de produits "utilisés dans les états de fatigue".
Parfois, le malade se tourne avec plus de succès vers d’autres médecines dénommées, à juste titre, "alternatives".
Leurs résultats ne sont souvent qu’affaire de mode mais une partie de leur succès provient du fait qu’elles contribuent à panser la blessure narcissique de celui qui n’accepte pas le diagnostic de "malade imaginaire" (Cf. le "Vrai Faux-malade").
Évolution :
Les malades qui ne trouvent pas un meilleur équilibre de sommeil se retrouvent parfois handicapés pour le moindre effort au point d’être mis en invalidité ou de choisir d’arrêter de travailler.
Mais l’évolution à long terme est malgré tout excellente !
(Cf. "Système d’alarme" :
"Contrairement à l’ensemble des autres maladies dégénératives (diabète, artériosclérose, polyarthrite ...) qui deviennent de plus en plus invalidantes avec l’âge, contrairement aux maladies psychiatriques qui évoluent parfois très mal.
Avec le temps ...., « l’arthrose », la colopathie, les vertiges, le lumbago, la migraine et les acouphènes... tous ces symptômes (pourtant si invalidants jadis) ne font petit à petit plus parler d’eux.
Comme pour la fibromyalgie (parfois réputée inguérissable), le syndrome de fatigue chronique est, malgré tout, de bon pronostic et s’amende à long terme.

Amélioration avec l’âge
Tout se passe comme si la personne devenue très âgé, cessait enfin de se battre contre elle-même.
Quand le corps est si vieux qu’il a juste assez d’énergie pour continuer à vivre malgré la fatigue, la vraie, celle de l’usure du temps...
Voir les articles connexes du site :
"Fibromyalgie" ;
"Spasmophilie" ;
"Insomnie ; vouloir dormir" ;
"Fatigue ou somnolence ?" ;
"Burnout ou dépression ?" ;
"Dépistage de la dépression".